| Ecrit par Quentin_MNLE,
le 21-05-2008 14:09
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Publié dans : Articles, Climat |
Tiré d'un article de François Cosserat, Président du MNLE, publié dans la revue Naturellement :
Le constat est là. La facture est de plus en plus lourde. Ce que l’opinion ne sait pas, c’est que les émissions de gaz à effet de serre induites par la production et la consommation d’électricité, ne diminuent pas. La communication sur les éoliennes, sur le solaire, essaie de nous persuader du contraire. Il est utile d’attirer l’attention sur un point essentiel. Au delà des aspects techniques, quelle est le rôle de l’absence de service public européen et de l’affaiblissement, voire la disparition, du modèle français?
Les émissions
Le CITEPA est l’organisme qui, en France, tient les statistiques d’émissions dans l’air. La communication de décembre 2007 au format « plan climat de KYOTO » informe sur la variation des émissions « production d’électricité et chauffage urbain ». Celles des années 2005 et 2006 sont les plus mauvaises depuis 1993.
Si les objectifs de KYOTO peuvent globalement être atteints en 2012, le plus difficile est devant nous. Comment répondre à l’objectif central défini par la loi d’orientation et de programmation sur l’énergie, votée en juillet 2005, d’une division par quatre de notre consommation d’énergies fossiles d’ici 2050 ?
La production d’électricité est le quatrième poste d’émissions de gaz carbonique après les transports routiers, le chauffage des logements et l’industrie manufacturière. Or l’hydraulique et le nucléaire sont faiblement émetteurs. C’est donc que la production d’électricité dépend trop des énergies fossiles.
Une dépendance accrue aux fossiles
L’hydraulique faisait essentiellement face à la pointe. Mais l’affaiblissement relatif du nucléaire et la saturation des sites de production hydraulique amènent une demande accrue en fossiles d’autant plus forte que l’éolien et le photovoltaïque ne sont pas capables de répondre quantitativement à la demande puisque dépendant du vent et du soleil.
Le lissage des aléas météorologiques se fait par des turbines à gaz capables de démarrer rapidement. Donc l’augmentation de la production électrique française éolienne et solaire est un facteur d’affaiblissement des performances environnementales, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Mais on aurait tort de penser qu’il s’agit là du danger principal.
Il provient de fait de la privatisation de la production électrique et de la politique suivie par EDF. Aujourd’hui, il ne s’agit plus, comme au temps du monopole national, de vendre l’électricité au meilleur coût, mais d’engranger des profits et de croître par acquisitions d’entreprises en utilisant la rente du nucléaire.
L’investissement est alors essentiellement réalisé dans des turbines à gaz à cycle combiné dont le rendement voisine 60%. Certes le remplacement de la centrale de Martigues fonctionnant au fuel par un nouvel équipement au gaz améliore sa performance. Le coût d’investissement d’un cycle combiné est relativement faible. Le chantier est court. Beaucoup de qualités pour des opérateurs privés même si le prix du kWh est élevé. Mais le consommateur est obligé de payer ! C’est la loi du marché.
EDF n’est plus seul au niveau national. GDF et les autres grands opérateurs européens veulent leur part du gâteau et pouvoir exister sur la totalité du marché : électricité, gaz, voire agrocarburants.Il en résulte une multiplicité de projets de terminaux méthaniers, de centrales thermoélectriques. L’avenir environnemental de la filière est sombre. Les coûts s’envolent comme les profits. Le monopoly s’emballe.
Le rôle particulier de l’électricité
L’électricité joue un rôle particulier. C’est la seule forme d’énergie polyvalente. Il n’y pas lieu de l’amalgamer avec la chaleur. Faites donc tourner un moteur électrique avec de la vapeur ! Dans le jargon technique, on dit que toutes les formes d’énergie ne sont pas substituables. Or cette question est gommée dans les documents officiels. Elle prend une place essentielle dans l’organisation de la vie quotidienne.
La réalisation des objectifs de réduction par quatre de notre consommation d’énergies fossiles passe bien sûr prioritairement par des économies. Mais la production d’énergie électrique sans carbone est un objectif majeur. Prenons le cas du chauffage des logements. Le renforcement de l’isolation est la première chose à faire dans le vieux comme dans le neuf. La pompe à chaleur qui peut être jumelée avec du thermique solaire, est une technique adaptée à bien des cas, notamment dans l’ancien. Mais elle est décriée et pas seulement par les antinucléaires.
Le marché de l’électricité est à présent européen. Les électrons franchissent rapidement des milliers de kilomètres mais il est toujours préférable d’utiliser l’énergie au plus près de son lieu de production. Le système d’échanges est à présent très complexe. A l’évidence les logiques actuelles basées sur des opérateurs marchands et des structures de régulation ne sont pas capables d’atteindre les performances environnementales et sociales attendues.
La mort du service public ?
Il est donc clair que l’affaiblissement volontaire du rôle dirigeant du politique dans la définition et la conduite d’un système de production de l’énergie électrique est la cause principale des effets négatifs environnementaux et sociaux constatés. Le service public français n’est pas encore mort. Il doit non seulement être défendu mais nous sommes devant l’obligation de le promouvoir au niveau européen.
Il ne saurait être question de défendre l’idée d’une seule entreprise étendant ses ailes sur l’Europe. La confusion a trop souvent été faite entre service public et entreprise nationale. En d’autres termes nous aurions tort de déléguer aux syndicats des employés de l’énergie le soin de cette promotion. Ils n’en réclament pas l’exclusivité. Il s’agit bien d’un acte politique majeur. Nous devons donc être capable de le porter.
La défense du tarif régulé de l’électricité est un joyau qu’il faut défendre becs et ongles. C’est la seule logique non marchande qui subsiste. Mais comment passer à l’offensive ?
Pour une production durable
L’évolution constatée dans notre pays est la conséquence de décisions européennes. La réponse est donc à produire à ce niveau. Elle doit, comme toujours en ce qui concerne le développement durable, associer les trois dimensions économiques, sociales et environnementales.
Il faut donc obliger les instances européennes à sortir de la gadgétisation des 3x20% à l’horizon 2020, des joujoux des éoliennes et des agrocarburants. Le service public européen de l’énergie électrique ne peut que s’appuyer sur la subsidiarité en imposant à chaque Etat une diminution du contenu en carbone fossile de sa consommation énergétique et lui laissant le choix de sa logique tarifaire.
Cette dernière condition est indispensable. Elle fonde une responsabilité particulière qui peut aider au développement des actions citoyennes. Elle ne permet plus au pouvoir politique de s’abriter derrière les instances européennes. Le maintien des tarifs régulés est une preuve de l’efficacité de la méthode. .
Certes elle heurte de front un principe fondateur de la communauté européenne. Elle constitue une entorse à la règle de concurrence libre et non faussée. Mais l’énergie électrique est-elle une marchandise ? La différence de prix n’est-elle pas aujourd’hui un fait admis et reconnu, certes provisoirement ?
Cette répartition des compétences n’empêche pas les échanges. La coordination des moyens de production nationaux est un facteur de stabilité déjà bien organisé entre des Etats européens. Il ne s’agit donc pas d’ériger l’autarcie nationale en règle. La liberté tarifaire reconnaît l’histoire des systèmes de production. Elle établit une coopération européenne sur deux objectifs : respecter le climat, répondre de la meilleure façon aux besoins sociaux. Elle reconnaît le droit à une communauté nationale d’organiser la façon dont est produit et consommé un bien fondamental et commun, indispensable à l’organisation de la vie quotidienne et de l’activité économique. L’électricité, c’est comme l’air et l’eau !
Les hochets des énergies renouvelables ne doivent pas détourner l’attention et l’action des défenseurs de l’environnement. Le développement durable c’est autre chose qu’un peu plus de fermes éoliennes et de chauffage au bois, que du lobbying pour créer des niches de profits.
Dernière mise à jour : 16-04-2009 12:52
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